Le soleil est le cœur du ciel qui me brûle d’un indicible amour.
« Laisser se tarir la source jusqu’à la dernière goutte. » (1)
C’est la phrase que j’ai reçue en rêve quinze jours avant de partir dans le désert.
La source de mes pensées s’est tarie mais pas celle de mon coeur.
Au coeur du désert, je me suis sentie comme un noyau irréductible, dense et contenu par l’immensité de l’espace.
Je me suis sentie dans un état où la parole s’exprime au-delà des mots.
J’étais sans pensées, sans formations mentales, sans conception autre que la mise au monde de mes racines.
Et j’ai jeté l’ancre de mon navire dans l’océan de sable immémorial du désert Saharien.
Le désert est le silence qui naît du silence et retourne au silence.
Par lui, avec lui et en lui court la vie vibrionante.
« Laisser se tarir la source jusqu’à la dernière goutte. » (2)
Je suis cette goutte indissoluble et traversante au coeur de l’infiniment grand et de l’infiniment petit.
Je suis au coeur du vajra, infiniment électrisé de lumière et d’amour. Je suis l’armure adamantine.
Dans le désert, des gouttes de pluie sont tombées du ciel. Des feuilles et des fleurs fraîches ont poussé.
La vie est là.
Je suis l’une de ces gouttes qui ont arrosé mon coeur pour le faire refleurir.
Rien ne peut tarir la vie ni l’amour.
Je suis dépouillée de mon passé.
Le livre de ma vie s’ouvre sur un nouveau chapitre : des pages vierges sur lesquelles tout reste à écrire.
Il n’y a de désert qu’intérieur.
En allant dans le désert, je me suis baignée, nourrie, emplie de ce paysage de terre, de sable, de ciel, de soleil, d’étoiles et d’ocre.
J’ai été ivre de vent, ivre d’espace, ivre de mes racines, sans tituber. C’était calme, c’était doux, avec force.
Je suis devenue respirée et respirante.
Le désert n’est pas vide, si tant est que nous pensions jusque-là que le vide, c’était rien.
Le vide est plein. Le vide est dense. Le vide est espace qui contient tout. Si nous nous égarons dans ces vastes étendues désertiques, c’est pour comprendre qu’il est impossible de nous perdre en nous-même, et qu’il est impossible de déserter là où tout est donné à voir et à ressentir.
J’ai marché, j’ai chanté et j’ai dansé au souffle du vent.
« Le vent souffle où il veut, et toi tu entends sa voix. Mais tu ne sais pas d’où il vient et tu ne sais pas où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’esprit. »
Évangile selon Saint-Jean
Dans le désert, une joie irréfragable est montée de mes entrailles.
Cette joie est différente de la joie spontanée et volatile d’un instant.
C’est une joie-racine.
C’est une joie-mère.
C’est une joie-source.
C’est une joie-amour.
En elle réside le germe d’une paix profonde, pour moi-même et pour le monde, en moi-même et entre les peuples.
« Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c’est doux, la nuit, de regarder le ciel. »
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince
« On est aimé parce-qu’on est aimé. Aucune raison n’est nécessaire pour aimer. »
Paulo Coelho, L’alchimiste
