POURQUOI ET COMMENT EST-CE QUE J’ÉCRIS ?

La connaissance est une navigation dans un océan d’incertitude, à travers des archipels de certitudes.

Edgar Morin, 1921-2026.

J’écris en mobilisant essentiellement la fonction poétique du langage. Selon la classification du linguiste Roman Jakobson, cette fonction est celle de l’esthétique des mots qui ouvre la voie directe du sentir. En accordant un soin tout particulier à la forme, par les sonorités et l’architecture des phrases, le message qui est offert à la lecture ou à l’écoute délivre un au-delà intelligible et sensible que les faits seuls ne peuvent dévoiler. Le contenu transcende l’information pour diffuser un ressenti qui dépasse ce qui peut se dire. La poésie, qu’elle soit en prose ou en vers, avec ou sans rime, ouvre alors l’accès à la transcendance, à la beauté et au mystère. Une forme de connaissance absolue qui pourtant ne peut s’ériger en vérité universelle.

Une compréhension sans parole peut naître dans le corps à partir de ce qui se crée dans le silence et le non-visible des mots, de leurs sons et de leur rythme.

Là où je souhaite en venir, c’est que ce que je vous dépose, la plupart du temps mais pas toujours, est une matière malléable et flexible, un souffle qui demande à être reçu comme une possible inspiration. Comme un support vivant à votre propre connaissance intérieure.

Goûter les mots pour les ressentir profondément et y cueillir en vous-même la portée de l’écho porté. Non pas comme une réplique multipliée à l’identique ou un prêt-à-penser désincarné, mais comme une appropriation personnelle, pleine de sens et habitée, à l’écoute du mouvement intérieur qui a pu émerger.

Car pour citer Socrate, « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Je ne peux que témoigner de ce qui en moi surgit et vous le partager simplement comme une onde vécue de vous à moi, non comme une vérité abstraite et coupée du réel à laquelle il faudrait croire.

En somme, j’écris pour offrir une invitation vivante à vous laisser traverser dans la chair par les saveurs et les impressions qui seront les vôtres comme un soleil intérieur qui se lèverait éternellement, dût-il éclairer le merveilleux, l’ombre ou le vide du corps qui s’affranchit de ses décors.

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